
Le Centre culturel français m’avait commandé une série de portraits de romanciers pour un livret intitulé Les Nouvelles Voix du roman égyptien. J’ai ainsi rencontré quinze écrivains dont Ahmed Abou Kheneigar qui est devenu un ami cher.
Ahmed m’a fait découvrir des aspects de la vie quotidienne qui ont profondément influencé ma manière de comprendre l’Égypte dans de longues discussions. À Assouan, nous sommes allés dans un théâtre populaire où se jouaient de courtes saynètes auxquelles le public participait spontanément. Il m’a également accompagné au mouled d’Abou al-Hassan al-Chadhili, alors interdit aux étrangers. Un pèlerinage vers le sanctuaire du cheikh soufi al-Shâzli qu’il connait depuis son enfance et qu’il décrit dans son récit intitulé « Dans l’immensité du désert ».
Pour son œuvre Ahmed avait d’abord été attiré par la nouvelle. Cette forme brève correspondait à sa vision d’un monde complexe et fragmenté. Elle lui permettait d’en saisir un instant avant de se lancer dans l’aventure plus vaste du roman.
Son enfance dans un village proche d’Assouan avait été nourrie de légendes, de traditions et de récits transmis oralement. Resté à Assouan, il commença à écrire sur cet univers familier en puisant dans la culture populaire et le patrimoine littéraire arabe. De la langue arabe ancienne, il conserva la force et l’imagination ; de ses études de mathématiques, la clarté et la précision. Son œuvre est née de cette rencontre.
En 2007 il reçoit le premier prix du Sawiris Cultural Award.