
C’est un enfant, et pourtant il travaille. Il porte des ballons, sa marchandise. Tout parle pourtant de l’enfance. Les couleurs, les animaux, les formes grotesques des ballons sont faits pour attirer d’autres enfants. Ils vont les regarder, en choisir un, demander à leurs parents de l’acheter et repartir heureux avec cette chose légère et éphémère au bout de la main mais lui il restera là.
Un enfant travaille pour le plaisir d’autres enfants. Il ne fabrique rien de nécessaire, il ne vend rien d’utile : il vend précisément ce qui appartient au superflu, au jeu, à l’insouciance. Et l’insouciance est la première chose dont sont privés les enfants qui travaillent.Il suffit de regarder son visage. Il est là, au milieu de tous ces ballons qui devraient le faire rire, et il ne rit pas.
Son regard est ailleurs. C’est un regard triste, beaucoup trop grave pour son âge. Il attend.
Au Caire on voit des enfants qui travaillent. Ils vendent, portent, servent, nettoient pour apporter quelques livres égyptiennes supplémentaires à leur famille. À force de les voir dans la rue, on peut finir par trouver leur présence ordinaire. Elle ne l’est pas. Ce garçon devrait pouvoir désirer l’un de ces ballons. Il devrait pouvoir en choisir un pour sa couleur ou pour sa forme, courir avec, le perdre, le crever et pleurer quelques minutes avant de penser à autre chose. Il devrait pouvoir faire avec ce ballon ce que feront les enfants auxquels il le vendra. Mais il est de l’autre côté.
Il vend de la joie sans que cette joie semble lui appartenir. Et ce qu’il vend aux autres enfants, ce n’est peut-être pas seulement un ballon : c’est un peu de l’insouciance à laquelle, lui aussi, devrait avoir droit.
Magnifique portrait! 2mouvant et triste aussi!
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Je me préoccupe beaucoup de la notion de visage au delà de la figure. Ok votre « portrait » est bien mais j’ai réagi beaucoup plus à votre texte et termine en considérant que sur ce coup, photo et texte doivent rester ensemble, indissociable. Un bravo et un grand merci !!! Paul CASSAR.
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