Et si le vent soufflait dans l’autre sens …

Cette photographie a été prise le 25 janvier 2013, exactement deux ans, jour pour jour, après le début de la révolution égyptienne.

L’affiche réunit Gamal Abdel Nasser et Anouar el-Sadate. Un troisième portrait est soustrait au regard par un simple morceau de tissu accroché devant lui. Rien de spectaculaire. Rien d’héroïque. Un tissu, tout simplement. Il aurait pu être déplacé quelques minutes plus tard par un courant d’air.

Le tissu ne détruit rien. Il ne déchire pas l’affiche, il ne la remplace pas, il ne cherche même pas à la faire disparaître. Il accomplit un geste beaucoup plus subtil : il cache.

Cette nuance est essentielle. Effacer consiste à supprimer une mémoire. Cacher, c’est reconnaître qu’elle existe toujours. Ce qui est caché continue d’habiter le monde. Il est simplement soustrait au regard. Derrière ce tissu, le portrait demeure intact. Nous savons qu’il est là. 

C’est peut-être cela que raconte cette photographie prise le jour anniversaire de la révolution. Deux ans plus tard, rien n’est véritablement effacé. Les figures du passé continuent d’occuper les murs de la ville. Elles ne disparaissent pas ; elles changent seulement de visibilité.

Ce qui résiste aux bouleversements de l’histoire n’est pas un monument, ni une statue, ni une immense affiche officielle, mais un simple morceau de tissu suspendu devant un visage que chacun reconnaît sans avoir besoin de le nommer. Comme le dit l’adage égyptien : « Ne pas voir un problème, c’est déjà le résoudre. »

Il existe des images dont le véritable sujet n’est pas ce qu’elles montrent, mais ce qu’elles décident de soustraire à notre regard.


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