
Sur la rive ouest de Louxor, un mur a été érigé en 2010 pour séparer la zone archéologique de la zone dite « agricole ». Cette désignation paraît anodine. Elle répartit pourtant les lieux et ceux qui les fréquentent : ici les habitants, les paysans, leurs maisons et là les monuments, les archéologues, les visiteurs. Chacun de son côté, deux usages du même territoire : la terre cultivée et le site archéologique, le lieu du travail quotidien et celui de la conservation. Le patrimoine est soustrait au territoire de la vie quotidienne. La raison : les paysans avaient, paraît-il, la fâcheuse tendance à vouloir cultiver dans la partie désertique …
Le mur donne une forme matérielle à une hiérarchie : le passé monumental mérite d’être conservé, le présent ordinaire doit rester à distance. Les habitants deviennent les voisins d’un domaine dont la limite leur rappelle qu’ils n’y ont plus la même place. La protection prend la forme d’une mise à l’écart comme ce fut le cas pour le village de Gournah dans la vallée des Nobles, rasé par des bulldozers en 2007.
On peut comprendre la nécessité de préserver les vestiges. Mais cette ligne de béton de plusieurs kilomètres tranche dans un paysage où les cultures, les villages et les temples se côtoyaient. Une terre relève désormais de l’archéologie, l’autre de l’agriculture, comme si leurs histoires pouvaient être séparées aussi nettement. C’est une grossière erreur, voir les tombes de Menna ou Sennedjem !
Le résultat fut paradoxal. Du côté agricole, les interdictions sur le bâti ont perdu leur portée dans les faits. Les constructions sauvages ont fleuri. La limite de la protection était devenue celle d’un abandon : en deçà du mur, on semblait pouvoir construire partout.
