Le porche de la mosquée Omar Makram

À première vue, il ne s’agit que d’une porte. Quelques marches, une rampe métallique, une façade de granit, des affiches déchirées. Pourtant, pour qui connaît l’histoire récente de la place Tahrir, cette banalité devient lourde de sens. Pendant les journées de janvier et février 2011, puis lors de plusieurs épisodes de confrontation jusqu’en 2013, la mosquée Omar Makram fut l’un des principaux refuges de la place. On y transportait les blessés, on y organisait les premiers secours, on s’y repliait lorsque les affrontements devenaient trop violents. Elle fut à la fois hôpital improvisé, morgue temporaire, lieu de repos et sanctuaire.

La façade semble avoir absorbé les événements sans jamais les raconter.

Trois ans auparavant, cette porte voyait défiler des milliers de personnes. En novembre 2013, elle est redevenue une simple entrée de mosquée. Pourtant, le spectateur informé ne peut la regarder innocemment. Il sait ce qui s’est passé derrière ces battants. Il sait que ces marches ont été gravies par des blessés, des médecins bénévoles, des manifestants épuisés.

La photographie devient alors moins un document sur la révolution qu’une réflexion sur la disparition de ses traces. Elle montre le retour du quotidien après l’événement. Le pouvoir politique a changé, les foules se sont dispersées, les slogans ont été effacés, mais les lieux demeurent. Comme souvent dans mon travail sur Le Caire, je ne photographie pas l’événement lui-même ; je photographie ce qui lui survit.

Cette porte fermée possède ainsi quelque chose de profondément mélancolique. Elle ne témoigne pas de ce qui arrive, mais de ce qui est arrivé. Elle appartient pleinement à ce que Roland Barthes nommait le « ça a été ». Derrière son apparente banalité, elle demeure l’un des témoins silencieux de l’histoire récente de la place Tahrir.

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