L’ossuaire du monastère de Sainte Catherine du Sinaï

Au VIe siècle Stephanos était un ascète du monastère Sainte Catherine du Sinaï, il vivait près du chemin du sommet du mont Moïse. Il entendait la confession des pèlerins avant leur ascension. Son corps est conservé dans une sorte d’armoire ou de vitrine, complet, alors que les ossements des moines sont réunis dans des pièces de l’ossuaire. Ceux des évêques sont placés dans des niches. Ces dispositions donnent à voir une mémoire différenciée des morts. Ici, Stephanos n’est pas seulement nommé parmi les morts, son corps est donné à voir. Il est assis sur une chaise, vêtu de son habit, sous la mitre marquée d’une croix. Les os affleurent sous l’étoffe. Le vêtement maintient une apparence humaine et religieuse, mais il ne dissimule pas ce que le temps a fait du corps. Selon la tradition monastique, il aurait demandé à veiller sur ses frères et sur l’ossuaire même après sa mort. La vitre complique cette présence. Elle protège le squelette et, dans le même mouvement, le mêle aux reflets de la pièce. Ces reflets matérialisent la continuité de l’espace sur un « au-delà » virtuel. Le crane semble reculé dans l’ombre, les croix, le chapelet et les ornements de l’habit sont plus visibles. Nous ne regardons pas une relique offerte frontalement mais une silhouette séparée de nous par une vitre, absorbée par le lieu qui la conserve. À droite, la pierre rugueuse du mur rappelle que l’ossuaire est un lieu sobre et rude.

Dans la tradition orthodoxe, les défunts restent confiés à la prière et à l’espérance de la Résurrection. La présence de Stephanos dans l’ossuaire ne relève donc pas seulement de la conservation d’un corps remarquable, elle inscrit un saint parmi les morts de la communauté, tout en lui accordant une place singulière. Sa fête est célébrée le 13 juillet ; il est aussi commémoré avec les saints du Sinaï le mercredi de la Semaine radieuse, après Pâques orthodoxe.

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